Il y a quatre ans, Kenza frappait à la porte de mon cabinet, pudique et déterminée. Elle venait consulter pour un vaginisme qui, peu à peu, minait la relation qu’elle construisait avec Antoine, rencontré deux ans plus tôt en école de commerce. Lui, normand, entreprenant, déjà tourné vers l’avenir. Elle, marocaine, fraîchement arrivée à Paris pour ses études, attachée à ses valeurs, à sa virginité, à son histoire.

Nous avions travaillé ensemble sur ses peurs, ses croyances culturelles et intimes autour de la sexualité. Sur la place de la parole, sur la lenteur nécessaire pour que le corps consente enfin à l’amour. Sur la patience d’Antoine, son écoute, et l’élan de vie que Kenza sentait poindre malgré ses entraves. À l’époque, leur couple semblait solide, porté par une volonté commune de construire.

Mais aujourd’hui, Kenza revient. Éreintée. En errance.

Entre-temps, ses parents ont divorcé. Son père s’est remarié dans la foulée. Kenza, elle, a choisi de vivre avec Antoine. Elle a officialisé leur relation auprès de sa famille, franchissant un cap symbolique important pour elle. Un cap qui lui permettait, disait-elle, d’avoir enfin "une vie de couple stable".

Mais cette stabilité n’était qu’apparente.

Depuis deux ans, Antoine a lancé son entreprise. Une aventure professionnelle vite ternie par un conflit juridique avec ses associés. La condamnation est lourde : 90 000 euros à verser. Antoine a fait appel, mais depuis 18 mois, il n’est plus vraiment là. Mentalement accaparé, physiquement absent. Il n’y a plus de contact, plus de gestes, plus de tendresse. "Ça va s’arranger", répète-t-il. Comme un refrain sans musique.

Kenza, elle, a tenu. Jusqu’à l’épuisement. En arrêt pour burn-out depuis sept mois. Elle culpabilise. Candidate, sans succès, à des offres d’emploi. Mais l’énergie manque. Le sens aussi. Et depuis quelques semaines, un autre choc est venu la faire vaciller : en consultant un des téléphones d’Antoine, elle découvre une consommation régulière de cocaïne.

L’effondrement intime ne tient parfois qu’à un fil.

Kenza ne sait plus où elle en est. Elle l’aime, oui. Elle l’a choisi. Elle s’est engagée. Mais elle se sent seule, enfermée dans une relation figée, sans épaule sur laquelle s’appuyer, sans repère pour l’avenir. Elle ne peut en parler à personne. Ni à ses parents, ni à son frère. Elle a le sentiment d’être suspendue entre deux fidélités : celle qu’elle se doit à elle-même, et celle qu’elle s’efforce de maintenir envers un homme qu’elle ne reconnaît plus.

 

Pistes de réflexion pour la poursuite du travail

Kenza incarne ces femmes en apparence fragiles, mais aussi fortes, tiraillées entre héritage familial, exigences intimes et espérances amoureuses. Son histoire met en lumière :

Le poids du silence dans les couples en crise : quand l’un des deux se coupe du lien, l’autre se retrouve seul·e avec ses doutes, ses besoins et sa douleur.

La difficulté à poser des limites quand l’amour semble justifier l’attente indéfinie.

L’isolement psychique dans les relations où les émotions ne peuvent plus circuler librement.

La confusion entre loyauté affective et renoncement à soi.

Le travail thérapeutique consiste ici à permettre à Kenza de retrouver un point d’appui intérieur, de renouer avec ses ressources, de s’autoriser à penser un "après", quel qu’il soit. Pas à pas. Avec douceur. Et surtout, avec elle-même comme priorité.